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Réformisme et réformistes

1. Introduction

Être réformiste, ce n’est pas simplement vouloir des réformes : c’est penser que le système capitaliste peut être transformé à partir de ses institutions. Les familles politiques concernées par le réformisme sont donc celles dont la revendication ou l’histoire se confrontent au capitalisme. Cette confrontation peut être inscrite dans les gènes, pour les familles politiques issues du mouvement ouvrier, ou être induite par la pratique, pour les mouvements qui ne sont pas nés d’une opposition au capitalisme mais qui, par leurs aspirations, finissent par y être confrontés (écologie, féminisme…).

Le réformisme concerne les partis politiques, mais également tout ce qui relève de la militance, du syndicalisme, du travail social, de la création intellectuelle, des arts et des sciences. Dans le cas du secteur associatif, par exemple : les structures présentes sur le terrain de l’écologie, de l’intergénérationnel, de la santé, du logement dépendent du pouvoir, par leurs besoins de reconnaissance, de financement, etc. Elles sont donc intrinsèquement réformistes. Leur objectif est d’apporter une aide à des populations sans remettre en cause le cadre institutionnel.

Le réformisme n’est pas une doctrine établie et il n’est pas nécessairement revendiqué : certains réformistes se considèrent comme révolutionnaires, d’autres ne sont simplement pas intéressés par le qualificatif. La qualification de « réformiste » est souvent attribuée de l’extérieur. Sa signification varie dans le temps et dans l’espace, en fonction des histoires culturelles, des conditions matérielles et du régime politique. En ce sens, on est souvent le réformiste de quelqu’un.

Notre plate-forme semble définitive à ce sujet : « Nous rejetons la paix sociale qui ne profite qu’à l’ordre établi. Nous considérons qu’il est utopique ou suicidaire d’envisager la lutte révolutionnaire sans affronter les institutions bourgeoises. Et cela implique pour commencer de ne pas se compromettre avec elles, de ne pas les légitimer. Notre organisation ne collabore pas avec les institutions bourgeoises, ne participe pas aux élections, aux organismes de pouvoir politiques de la bourgeoisie, ne demande pas de subsides, n’est pas enregistrée comme une association officielle. »

Pourtant, parce que nous n’avons pas la force nécessaire pour manifester où nous voulons, quand et comme nous le voulons, il nous arrive de négocier avec les autorités. De la même manière, nous utilisons parmi les pires des réseaux sociaux, nous avons accepté plusieurs mesures officielles anti-COVID, etc. Autant de choix qui pourraient paraître contradictoires avec nos principes. Au vrai : toute conception du réformisme renvoie à une conception de la politique révolutionnaire.

Car si une force qui se prétend « révolutionnaire » ne sert que des objectifs réformistes, ne renforce que des dynamiques sociales réformistes, alors, même qu’elle croit servir un agenda révolutionnaire (en « renforçant la lutte des masses », en « développant l’organisation des révolutionnaires », etc.), elle est de fait réformiste. Épurer notre politique de toute scorie réformiste, en faire une politique révolutionnaire non seulement dans son intention, mais aussi dans sa réalité, nous impose de creuser cette question.

2. Un peu d’histoire

La fracture réformisme/révolution a divisé la bourgeoisie en lutte contre l’Ancien régime, mais nous ne nous intéresserons à cette fracture que dans le cadre de la lutte contre le capitalisme. Le but n’est pas ici d’écrire une histoire mondiale du réformisme anticapitaliste, mais de passer en revue les quelques éléments nécessaires à sa compréhension.

2.1. Jusqu’à octobre 1917

À l’origine, les démocraties bourgeoises sont fort peu démocratiques. Le corps électoral ne comprend d’abord que des bourgeois et dans les parlements, des chambres réactionnaires (Sénats, Chambre des Lords, etc.) verrouillent toute velléité de réforme des Chambres des députés.

À l’origine toujours, le mouvement ouvrier, pourtant riche et pluriel, ne se pose pas vraiment la question du réformisme dans la mesure où toute contestation de l’ordre établi, même la plus minime, est réprimée avec la plus extrême brutalité par le pouvoir comme si elle était un acte révolutionnaire.

On peut classer les luttes du mouvement ouvrier selon deux ordres : économico-social et politique. Les luttes économico-sociales concernent les conditions de travail : durée, dureté, travail des enfants, travail des femmes, etc. Les luttes politiques concernent l’accès à l’exercice du pouvoir : suffrage universel, droits d’associations politique et syndicale, etc. On peut faire remonter les premières fractures entre réformistes et révolutionnaires à ces luttes politiques : ils partageaient les mêmes objectifs mais les luttes et le sens de ces objectifs étaient compris différemment :

  • pour les réformistes, les réformes politiques et économiques étaient des objectifs en soi, des étapes d’un processus graduel d’amélioration de la condition ouvrière : les réformistes visent à l’accès au pouvoir dans le cadre des institutions bourgeoises pour le transformer.
  • pour les révolutionnaires, ces objectifs partiels ne visaient qu’à permettre au prolétariat d’entamer son émancipation, en s’organisant, en se renforçant, en se dotant d’une conscience de classe : les révolutionnaires visent le renforcement du prolétariat et la fragilisation du pouvoir pour le renverser.

Les résultats de ces luttes politiques à objectif partiel ne sont pas déterminés a priori. Une lutte victorieuse pouvait désamorcer le mouvement ouvrier en lui retirant des raisons de se battre. L’action des révolutionnaires pour des objectifs partiels considérés comme tactiquement nécessaires peut aboutir au développement du réformisme. À l’inverse, une lutte à laquelle des réformistes ont participé a pu donner l’envie d’obtenir plus, voire déborder le mouvement pour aboutir à des mouvements insurrectionnels.

Quoi qu’il en soit, durant les premières années du 20e siècle, au terme de luttes acharnées, dans un contexte de violence épouvantable, le mouvement ouvrier a obtenu satisfaction de certaines revendications économiques et politiques. Un peu partout sont nés des partis se référant au socialisme. Ces partis ont des élus (« parlementarisme »), jusqu’aux bolcheviques en Russie. La question de la participation au gouvernement (« ministérialisme ») est longuement débattue. Le mouvement socialiste (alors organisé par la IIe internationale) l’interdit par principe… sauf exception.

À cette époque, les démocraties bourgeoises sont traversées par de nombreuses contradictions qui amènent à plusieurs reprises l’Europe au bord d’une guerre, en particulier entre la France et l’Allemagne. La doctrine officielle de la IIe internationale est de s’opposer à la guerre, et, si le risque se rapprochait, de décréter la grève générale en vue de préserver la paix et de renverser le capitalisme. Cependant, le moment venu, en 1914, les directions trahissent et sauf quelques rares exceptions, les élus socialistes votent les crédits de guerre dans leur pays respectif. Les rares qui dénoncent cette trahison sont enfermés ou contraints à l’exil. La guerre embrase le continent et provoque l’effondrement de la Russie tsariste. Une première révolution renverse le pouvoir tsariste en février 1917, à l’issue de laquelle le pouvoir est confisqué par les réformistes partisans de la guerre. Ils sont renversés dans un second temps : c’est la Révolution d’Octobre 1917.

2.2. D’octobre 1917 à mai 1945

La Première Guerre mondiale se termine le 11 novembre 1918, un peu plus d’un an après la révolution d’Octobre. Les pays belligérants, et plus encore l’Allemagne que les autres, sont exsangues. La révolution bolchevique fait exemple dans différents pays (Allemagne, Hongrie) ainsi que, de manière locale, en France. Laminés moralement par leur trahison, les réformistes la poursuivent en prenant une part active dans la lutte contre-révolutionnaire. En Allemagne, les ministres socialistes participent activement à l’élimination de la révolution spartakiste.

Le mouvement ouvrier se scinde en deux : les socialistes d’un côté, héritiers de la participation à la guerre, les communistes de l’autre. Le rapport de force est en général favorable aux premiers, sauf en France et en Italie. Deux internationales distinctes se constituent.

Le succès de la révolution bolchevique, la fondation, en 1922, de l’URSS, son déploiement dans de nouveaux territoires, ses réalisations vont être le point de repère le plus important du mouvement ouvrier dans le monde. Les contradictions qui traversent l’URSS tout au long de la période, qui voit Staline arriver au pouvoir en 1924, vont également avoir des retombées sur la manière dont les différentes composantes du mouvement révolutionnaire se définissent. Cela suscite simultanément un immense espoir et la création de l’anticommunisme, dont certains réformistes se feront une spécialité.

Le capitalisme industriel se développe dans ses techniques et ses méthodes, aux États-Unis d’abord, avec le développement du travail à la chaîne. Le fordisme (application du travail à la chaîne sur les lignes de production automobile) vend le rêve que chaque ouvrier possède son automobile. Mais on ne peut à la fois exploiter les ouvriers et leur donner accès à tout ce qu’ils produisent. En 1929, la crise de surproduction engendre un crash mondial de l’économie capitaliste.

Cette crise va durer jusqu’à l’accès au pouvoir de F.D. Roosevelt à la présidence des États-Unis en 1932. Sur les conseils de l’économiste britannique John Maynard Keynes, Roosevelt va résoudre cette crise du capitalisme « par la gauche », c’est-à-dire en relançant l’économie à grands coups d’investissements publics et de concessions à la classe ouvrière. C’est le « New Deal », qui n’est même pas réformiste puisqu’il s’agit de faire faire des concessions par le capitalisme pour qu’il se sauve lui-même. Cette phase a une grande importance pratique puisqu’elle assure la suprématie économique des États-Unis avant la Seconde Guerre mondiale. Elle a également une grande importance symbolique car elle fait toujours fantasmer les réformistes (écologistes, sociaux-démocrates, jusqu’à Mélenchon).

En février 1920, le parti nazi est fondé en Allemagne, événement qui finira par déboucher sur la Seconde Guerre mondiale. Dès sa création (et cela contribue à son succès), le parti nazi théorise l’anticommunisme en des termes qu’on retrouve jusqu’à nos jours. L’essentiel de ce contenu est antérieur à la fondation de l’URSS. Il est donc d’abord dirigé contre le marxisme et la reconnaissance de classes sociales plutôt que contre ce qui deviendra l’URSS.

Le succès des révolutionnaires en Russie reste isolé. Dans le reste de l’Europe, la sociale-démocratie se constitue en tant que courant anticommuniste. Elle ne se pose plus de questions ni sur le parlementarisme ni sur le ministérialisme, et entame une longue expérience de participation au pouvoir (en Allemagne, en France, en Belgique, en Grande-Bretagne, etc.). Les communistes ont un poids important en France, où ils permettent la constitution du Front Populaire (sans entrer au gouvernement) et des conquêtes sociales majeures. Ils participent en Espagne au Frente Popular, qui sera rapidement attaqué par l’armée, lors d’un coup d’État qui déclenchera une guerre civile de trois ans. En Europe, les réformistes sont de cœur avec le pouvoir républicain démocratiquement élu du Frente Popular, mais en raison de leur engagement dans les institutions, ils seront incapables de l’aider. Alors que Franco est massivement soutenu par l’Italie fasciste et par l’Allemagne nazie, les républicains ne sont soutenus que par l’URSS et le mouvement communiste international.

En janvier 1933, les nazis accèdent au pouvoir en Allemagne grâce à un soutien massif de la bourgeoisie et de ses moyens financiers. Toute l’avant-guerre, la bourgeoisie européenne a vu dans le nazisme et le fascisme un rempart contre le communisme. Le projet intrinsèquement anticommuniste, raciste, criminel et colonial des nazis débouche sur la Seconde Guerre mondiale. Dans la nuit du 8 au 9 mai 1945, les nazis capitulent face aux puissances alliées, et l’URSS est dans le camp des vainqueurs.

2.3. De mai 1945 à décembre 1991

Les États-Unis sont le seul vainqueur total de la Seconde Guerre mondiale. Les pays européens sont détruits, l’URSS en particulier a été ravagée. Mais son rôle capital dans la victoire lui assure un prestige inouï. L’URSS dispose désormais d’alliés en Europe centrale et de l’est, et les communistes chinois vont rapidement prendre le pouvoir dans leur pays, structurant le monde est deux « blocs », capitaliste et socialiste.

Pendant trente ans, les « trente glorieuses », les deux blocs vont connaître un développement économique sans égal dans l’histoire de l’humanité. La classe ouvrière des pays capitalistes va connaître une amélioration substantielle de ses conditions de vie. L’histoire officielle résume cela en disant qu’elle a récolté sa part des « fruits de la croissance ». Plus exactement, ce sont les forces issues de la Résistance, dans laquelle les communistes ont eu un rôle exemplaire, qui ont permis de mettre en place la sécurité sociale telle que nous la connaissons, qui fait qu’en matière de santé, chacun reçoit selon ses besoins et non selon ses moyens. L’expérience du « New Deal » des années 1930 a grandement joué dans l’émergence de réformes compatibles avec le capitalisme. Enfin la guerre froide exigeait la satisfaction de revendications ouvrières pour détourner le prolétariat des communistes.

Dès la fin des années 1960, des économistes (aux États-Unis principalement) font émerger l’idée que ces concessions doivent cesser. Selon ces néo-libéraux, l’État, l’intervention du politique dans l’économie est le problème, pas la solution. Lorsque l’URSS disparaît, en décembre 1991, ils règnent sans partage sur le monde capitaliste.

2.4. De janvier 1992 à nos jours

Cette victoire du néo-libéralisme, qui est une forme totale de capitalisme, contamine le réformisme. La sociale-démocratie telle qu’elle s’est toujours présentée, déclarant vouloir arracher des conquêtes à la bourgeoisie, a disparu dans les faits et est devenue le social-libéralisme. La loi des 35 heures de travail hebdomadaire en France est la seule conquête économique des réformistes ; les autres conquêtes sont relatives à des questions sociales comme les droits des femmes, des minorités, l’antiracisme, etc. Et encore, ces conquêtes ne font que réparer certaines injustices commises envers des groupes de population, sans remettre en cause un système qui, structurellement, a besoin de dominer et ne peut renoncer à une domination qu’en lui en substituant une autre. Ces conquêtes sont systématiquement présentées sous des formes où la lutte des classes est absente. Dans ce contexte, le réformisme n’a même plus l’ambition de réformer grand-chose, juste de gérer les choses avec pour seul argument que « sans nous, ce serait pire » ou en proposant des avancées sociétales compatibles avec l’exploitation capitaliste.

3. Réformisme et révolution

3.1. Le réformisme n’est pas une question de méthode

Les révolutionnaires n’ont aucun absolu concernant les méthodes et les moyens. Affirmer « on fera toujours ceci » ou « on ne fera jamais cela » est du subjectivisme : c’est choisir en fonction de ses préférences politico-culturelles individuelles plutôt que choisir en fonction des stratégies collectives et des réalités objectives.
Négocier avec une autorité ou placer une bombe n’est pas en soi réformiste ou révolutionnaire. Il y a eu des négociations et même des participations électorales révolutionnaires, et des guérillas réformistes. La fracture réformisme/révolution n’est pas une question de méthode, c’est une question de perspective.

3.2. Rapport de force et objectifs partiels

Certains objectifs partiels (libération de Georges Abdallah, réquisition d’immeubles par la Commission de Réquisitions Solidaires, dissolution d’Uneus…) se retrouvent partagés par des forces révolutionnaires et par des forces réformistes. On ne peut considérer que ces objectifs sont en soi l’un ou l’autre (et qu’ainsi, l’un ou l’autre courant ferait erreur en y participant). Dès lors, comment s’y retrouver ? En considérant l’insertion de l’objectif partiel dans sa perspective globale.

Prenons l’exemple de la campagne pour la dissolution de la brigade Uneus. Dans cette campagne ont cohabité (et parfois se sont télescopées) des perspectives radicalement différentes. En caricaturant (parce que les tendances se chevauchaient parfois), nous avions :

  1. Les citoyens réformistes pour qui la question de la brigade Uneus était centrale : il fallait que les brutalités contre les jeunes du quartier s’arrêtent, il fallait restaurer la confiance entre la police et la population, ce qui passait par l’épuration de la police.
  2. Pour les citoyens réformistes, cette question était un moyen de développer leurs projets de démocratie participative avec conseils des voisins, etc. On croise ces mêmes réformistes dans d’autres fronts, comme la mobilisation pour le marais Wiels par exemple.
  3. Les réformistes politiques qui ont relayé la campagne au conseil communal dans le cadre de leur stratégie de « longue marche » au sein des institutions dans lesquelles ils veulent ou prétendent représenter les intérêts populaires (intervention des élus PTB par exemple).
  4. Les révolutionnaires (appelistes, autonomes) pour qui la campagne était l’occasion de se dialectiser avec certaines couches de la population et qui pour cela s’appliquaient à paraître ne pas porter de position (révolutionnaire en particulier), mais au contraire à reprendre celles de ces couches.
  5. Les révolutionnaires (essentiellement anarchistes) pour qui la question de la police (et de la prison) est centrale parce qu’elle cristallise la question du pouvoir. La campagne était l’occasion de pousser leur agenda abolitionniste.
  6. Les révolutionnaires (dont nous) pour qui la campagne était l’occasion de polariser les rapports de classe, de mettre en évidence le « nous c’est nous et eux c’est eux », associant dans ce eux Uneus, le reste de la police, le conseil communal etc.
  7. Les révolutionnaires (dont nous également) pour qui la campagne était un moment du rapport de forces qui permettait aux forces populaires et révolutionnaires de mettre la police sur la défensive, de desserrer l’étau et de gagner des marges de liberté de mouvement.

Pour résumer, si tout le monde partageait l’objectif de la dissolution de la brigade Uneus :

  • les courants 1 à 3 intégraient cet objectif dans une perspective réformiste
  • les courants 5 à 7 intégraient cet objectif dans une perspective révolutionnaire
  • à l’intersection, le courant 4 nourrissait l’agenda réformiste (en s’alignant sur les choix des citoyens réformistes) avec une arrière-pensée révolutionnaire.

L’exemple de la campagne contre Uneus nous montre aussi que le rapport des révolutionnaires aux réformistes est différent de leur rapport à la bourgeoisie.

Le rapport entre révolutionnaires et le pouvoir est un jeu à somme nulle : si l’un gagne quelque chose, l’autre le perd. Cette réalité est masquée par le fait que les représentants de l’autorité ne se pensent que rarement d’abord comme les représentants de la contre-révolution : ils sont à la croisée de nombreuses déterminations parfois contradictoires (intérêts spécifiques de tel ou tel niveau de pouvoir, carrières personnelles, etc.). Mais fondamentalement, au niveau politique, si chaque camp croit avoir gagné à un accord (demander/accorder une autorisation pour un 1er Mai par exemple), il y en a un qui a fait une erreur de calcul.

À l’inverse, il est possible pour les révolutionnaires de passer des accords de type win-win avec les réformistes.

3.3. L’opportunisme

Faire de la politique, c’est modeler la réalité sociale. Tout acteur politique veut gagner en force, car ces forces sont (avec l’intelligence de leur emploi) le moyen de transformer le réel. Ce renforcement est direct (plus de militants, etc.) et indirect (plus de sympathie dans la population) – et il est corrélé à l’évolution des forces de l’ennemi. Le but du développement des forces est en soi juste, mais la recherche du soutien populaire à tout prix débouche sur une erreur contre-productive, l’opportunisme.

Le concept d’opportunisme a pris un sens péjoratif. Il est apparu chez les progressistes bourgeois français au XIXe siècle, qui se divisèrent en « radicaux » et « opportunistes ». Ces derniers priorisaient la recherche du soutien populaire, au point de sacrifier, au besoin, la défense des grands principes et projets. Ce choix n’était pas une faillite morale (un « opportuniste » comme Gambetta était un homme d’une grande intégrité morale et d’un grand courage personnel), mais une option stratégique. Ce n’est qu’adossé à un vaste soutien populaire qu’ils se proposaient de thématiser des objectifs radicaux.

Comme toujours, l’intention ne suffit pas, ce sont les effets qui doivent être mesurés, et ils doivent être mesurés sous tous les aspects : à court terme et à long terme, dans les masses ou pour les forces politiques, etc. Et en matière révolutionnaire, l’opportunisme s’est révélé contre-productif.

En cachant leurs objectifs révolutionnaires pour ne présenter que des objectifs immédiats, raisonnables, accessibles (et donc compatibles avec le capitalisme), les opportunistes de toutes les époques ont pu gagner de larges forces, ont pu bénéficier de vastes soutiens populaires, mais, précisément parce qu’elles avaient été rassemblées sur des principes réformistes, ces forces étaient incapables d’une dynamique révolutionnaire.

La situation actuelle du noyau à aspiration révolutionnaire de PTB est exemplaire. Ils ont gommé pendant plus de 40 ans, et chaque année davantage, tout antagonisme. Ils ont éduqué leurs étudiants à collaborer avec les rectorats, leurs militants à se focaliser sur les seules élections et sujets électoralement rentables, leurs syndicalistes à ne jamais critiquer les directions syndicales, etc. Aujourd’hui, renouvellement des générations de militants aidant, ce qui devait être la façade est devenu la substance : le PTB est devenu, la corruption en moins et les traditions staliniennes en plus, un mini-PS.

3.4. Le rapport à la loi

A la différence des méthodes, le rapport à la loi est une boussole qui permet de s’y retrouver, avec une certaine assurance, entre révolutionnaires et révolution. Par définition, les réformistes pensent pouvoir changer les choses, y compris la loi, dans le cadre de la loi, tandis que les révolutionnaires savent qu’il faudra faire éclater le cadre légal.

Cependant, il peut arriver aux réformistes de braver la loi (dans le cadre de la désobéissance civile par exemple) tout comme il arrive aux révolutionnaire de la respecter.

D’ailleurs, dans le cadre de la militance, les méthodes sont rarement totalement légales ou totalement illégales. Nous en avons fait l’expérience dans notre participation à la Campagne de Réquisition Solidaire. Celle-ci posait des actes illégaux (l’occupation d’immeubles) tout en négociant avec les propriétaires et les pouvoirs publics la légalisation des occupations.

Les révolutionnaires naviguent entre un rejet des lois et des institutions et le respect ponctuel et tactique des lois et des institutions (par exemple en demandant l’autorisation de manifester à la police). La dialectique avec laquelle nous croyons utiliser parfois la loi pour renforcer les dynamiques de rejet de la loi est naturellement délicate et pleine de pièges, et les choix doivent être tous bien pesés.

3.5. Le rapport aux élections

Le rapport aux élections, à l’image du rapport à la loi, a souvent déterminé la différence entre réformistes et révolutionnaires. Et de la même manière, la ligne de partage peut ne pas coïncider avec la participation ou la non-participation aux élections. On a vu des réformistes boycotter des élections et des révolutionnaires y participer. La première chose à faire est de distinguer le but stratégique d’une participation au processus électoral.

  1. Le degré maximal d’implication est le ministérialisme, c’est-à-dire le fait de se présenter aux élections dans le but d’exercer le pouvoir en participant à sa composante exécutive, les gouvernements (national et régionaux) ou collèges communaux.
  2. À un niveau en dessous se situe le parlementarisme. Il s’agit ici de se présenter aux élections non pas pour obtenir des postes ministériels mais pour avoir des élus qui proposent ou s’opposent à des projets de loi et se font entendre.
  3. À un niveau en dessous encore, on trouve les partis (trotskistes par exemple) qui se présentent aux élections non pas par parlementarisme mais pour profiter de l’« effet de tribune » » de la campagne électorale avec son attention médiatique.
  4. Le degré minimal de la participation électorale est celui du choix du « moindre mal » : on ne va pas voter pour un programme, pour une tribune, pour un accès au pouvoir, mais pour, par exemple « barrer la route au fascisme » ou « limiter la casse sociale ».
  5. Il y a enfin l’éventail des positions anti-électoraliste : ignorer la campagne électorale, y participer pour appeler à ne pas voter ou à à voter blanc, attaquer politiquement la campagne ou les élections elles-mêmes, voire les attaquer directement (attaquer les candidats ou leurs affichages, saboter le déroulement des élections, etc.).

3.6. Pente savonneuse et logiques structurelles

Se présenter aux élections équivaut à s’engager sur une pente savonneuse, qui a fait sombrer tous les partis qui s’y sont risqués. Cela mobilise de grands moyens humains et financiers, moyens qui ne peuvent être consacrés à autre chose. Dans la mesure où on ne s’adresse pas que à ses ami.e.s, cela exige également de se couler dans le moule du système et d’en respecter les règles. Certaines sont explicites : forme des élections, règles de campagne, financement public, allégeance au système en cas d’élection, etc. D’autres sont implicites : elles définissent qui est « sérieux » et qui ne l’est pas. Elles comprennent en particulier tous les points d’accord entre partis ayant des élus, et qui va du « respect de la police » ou du « rejet de la violence sous toutes ses formes » à la « protection du pouvoir d’achat ». Quand ça ne fonctionne pas, c’est pur gaspillage. Et quand ça fonctionne, que les résultats électoraux progressent, cela agit comme une drogue qui pousse à augmenter encore la dose d’investissement dans l’électoralisme alors que s’éloigne la perspective d’un scrutin magique qui d’un coup donnerait un pouvoir nécessaire à une majorité radicale-réformiste et cela pour plusieurs raisons.

Le camp réformiste est extrêmement faible. Ses anciennes forces dominantes (la sociale-démocratie) ne sont même plus réformistes en ce qu’elle ne prétendent plus à aucun changement profond. Gagner le pouvoir par les élections passe par une « longue marche » au sein du système, dans laquelle on obéit forcément aux logiques structurelles du système. La dynamique de rupture s’y noie et s’y perd, non pas au sens du lieu commun « le pouvoir corrompt » mais parce qu’il faut obéir aux règles du jeux auquel on a accepté de jouer.

Comme cela a été montré plus haut, depuis 30 ans (effondrement de l’URSS), le capital triomphant n’a aucune raison de faire des concessions. Les derniers cas de victoire électorale réformiste, rarissimes (France 1981, Grèce 2015) n’ont donné lieu qu’à des impasses économiques d’abord, et des trahisons politiques ensuite, ce qui a été dommageable à la gauche dans son ensemble, qu’elle soit réformiste ou révolutionnaire.

La « longue marche » dans les institutions a en outre un double effets pervers : primo on s’éloigne des parties les plus antagonistes des masses qui sont en rupture avec le système, secundo on empêche les autres parties de la classe de progresser dans la conscience révolutionnaire en lui proposant un activisme au sein du système. Le progrès électoral peut être trompeur : les ouvriers peuvent voter pour un candidat PTB ou PSL non pas en pensant que cela puisse servir à quelque chose, mais simplement parce qu’au moins ces candidats sont honnêtes et désintéressés.

Bref, il y a une contradiction entre des pétitions de principe de changement radicaux et des décennies de compromission avec le fonctionnement des institutions. Les masses populaires souffrent affreusement du système, elles ne peuvent que se détourner de ceux qui y participent, quand bien même s’en prétendraient-ils critiques.

3.7. Un mille-feuille en béton

Notre plateforme rejette chacun des niveaux de participation électorale. C’est une ligne de conduite qui est commune à de nombreuses autres forces révolutionnaires, mais le système institutionnel belge rend cette décision plus facile qu’ailleurs.

Partout en Europe la combinaison des niveaux de pouvoir donne au système le moyen de se prétendre démocratique en bafouant la volonté populaire. On l’a vu récemment en Espagne lorsque la majorité des Catalans a opté pour l’indépendance et s’est retrouvé confronté à une répression féroce de la part de l’État espagnol avec la bénédiction de l’UE. Plus tôt encore, en 2015, Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission européenne était limpide concernant la victoire de Syriza aux élections grecques, en déclarant : « il ne peut y avoir de choix démocratique face aux traités européens ».

En Belgique, l’imbrication des multiples niveaux de pouvoir atteint un raffinement inégalé, neutralisant ainsi toute velléité de réforme radicale. Quand bien même une majorité radicale-réformiste serait obtenue à un niveau, les autres niveaux, inférieurs comme supérieurs, sont en mesure de bloquer tout changement. Niveaux européen, fédéral, communautaire, régional et finalement communal tissent d’étroits filets empêchant tout mouvement large, tout déplacement. Les verrous sont posés en tout sens. Par exemple, une commune dont le CPAS voudrait ne pas suivre les injonctions au contrôle des allocataires sociaux peut le faire ; elle s’expose « simplement » à la perte totale de financement des revenus d’intégration par le niveau fédéral, ce qui est intenable. Il ne s’agit pas ici de dédouaner quiconque de ses responsabilités ou d’accabler d’autres, mais simplement du constat que le mal est commis dès qu’on participe à ce système.

Au mille-feuille institutionnel belge et une UE aux plein-pouvoirs qui n’est que le bras institutionnel du grand capital s’ajoute la « gouvernance des experts ». Celle-ci a éclaté au grand jour avec la crise du COVID, mais elle opérait déjà par le biais de sociétés de consultances type McKinsey. L’émergence dans le domaine politique de prétendus techniciens (généralement des financiers) contribue à liquider les derniers vestiges de la démocratie héritée de 1945.

Il y a dans les masses une conscience de plus en plus large du caractère inaccessible et non-démocratique des vrais niveaux de pouvoir. L’apparition parmi les Gilets jaunes d’une revendications comme le « référendum d’initiative citoyenne » en atteste. Ce serait une faute de faire obstacle à cette compréhension, nécessaire pour le processus révolutionnaire, en laissant entendre qu’au fond, participer aux élections ouvrirait la voie au changement.

3.8. Sanders, Melenchon et compagnie

Aux États-Unis, en France ou en Grande Bretagne, le système institutionnel permet de concentrer beaucoup de pouvoir dans une seule élection, à la présidence du pays (France, États-Unis) ou à celle d’un parti (Grande Bretagne). Des figures comme Bernie Sanders, Jean-Luc Mélenchon ou Jeremy Corbyn prétendent alors incarner un possibilité réelle de faire revivre le projet social-démocrate, ou du moins donner un véritable sens à la formule « sans moi ce serait pire ».

Ces figures pourraient parvenir, dans une certaine mesure,

  1. À protéger du fascisme ceux et celles qui en feront les frais en premier lieu, racisé·e·s, immigré·e·s, femmes, etc.
  2. À limiter la dégradation des conditions de vie de millions de personnes confrontées à la crise économique (augmentation du salaire minimum ou des revenus de remplacement, blocage des licenciements, etc.)
  3. À permettre à la gauche révolutionnaire de « souffler » (libération des prisonnier·e·s politiques, désarmement de la police, baisse de la surveillance et de la violence de la répression, etc.)
  4. À intégrer une logique « verte » dans l’économie.

Ces perspectives ne sont pas négligeables, et expliquent le succès de ces candidatures jusque dans la gauche révolutionnaire, mais le prix politique à payer est énorme. La machine bourgeoise n’est prête à aucune concession, même sur un mode réformiste.

La bourgeoisie impérialiste a pu ruiner économiquement la dernière expérience expérience social-démocrate à grande échelle, celle de la France en 1981, par la fuite des capitaux et la concurrence sur les marchés. La mondialisation lui a donné des moyens bien plus grands, efficaces et rapides de ruiner les pays qui sortiraient du rang. Même d’immenses ressources naturelles ne mettent pas un pays à l’abri de ces procédés, comme le montre le Venezuela. Alors l’imaginer possible pour la Grèce… L’échec de Syriza, comme celui de Podemos, n’est pas fondamentalement (ou pas que) l’histoire d’une trahison, c’est d’abord l’histoire d’une impasse.

Alors on peut considérer une candidature comme celle de Mélenchon à la manière d’une expérience de laboratoire : comment réagit le vrai pouvoir, celui des affaires et des médias, à la possibilité que soient prises des mesures élémentaires (nationalisation de larges pans de l’économie, en particulier de la production d’énergie, disparition à plus ou moins courte échéance de l’agro-business, remise sur pied des services publics, réduction des inégalités salariales par divers moyens, arrêt de l’alignement géo-stratégique pur et simple sur les États-Unis et l’OTAN,…). Quelle est la sensibilité de la classe à de telles propositions ? Dans quelle mesure est-ce que cela la détournerait de son adhésion de plus en plus large aux propositions de l’extrême-droite, basées sur des boucs-émissaires ? Mais la candidature en elle-même est une impasse et la soutenir une faute politique. Si on n’en était pas convaincu, les luttes intestines de pouvoir et tout ce qu’elles charrient de nauséabond devraient doucher les espoirs des plus enthousiastes.

3.2. Et après ?…

Et quand bien même, par extraordinaire, les révolutionnaires et des radicaux-réformistes arriveraient à peser de telle sorte à sortir le système de ses rails, pense-t-on vraiment que la bourgeoisie impérialiste se laisserait déposséder ?

Nous avons vu sa capacité de nuisance économique, mais elle possède toujours la carte de l’appareil policier et militaire. Son contrôle sur ces forces est plus serré que jamais suite à la fin du service militaire et de la professionnalisation des armées. Elle bénéficie aussi des alliances impérialistes, l’OTAN en particulier. Cette organisation a une longue tradition d’ingérence face au danger révolutionnaire : elle a animé le coup d’État en Turquie en 1980, les attentats massacres de la stratégie de la tension en Italie, etc.

Ce n’est pas avec des parlementaires et un mouvement populaire et ouvrier construit autour d’une ligne légaliste et électoraliste que l’on rassemble les moyens de s’opposer aux forces armées de la bourgeoisie : l’exemple du Chili en atteste.

4. Révolutionnaires, réformisme et réformistes

Le réformisme a une histoire, des succès ; il s’est partiellement développé en dialectique avec la perspective révolutionnaire. Ces succès ont intégralement pris fin durant les années 1980. Le néo-libéralisme s’est imposé et a contaminé jusqu’à la social-démocratie, qui s’est muée en social-libéralisme. La disparition de l’URSS a entraîné celle de la pression exercée par la présence du bloc de l’Est sur le capitalisme. Depuis lors, le réformisme n’a plus rien réformé.

Dans les faits, le réformisme a cessé d’exister. Cela ne signifie pas que les réformistes ont disparu ni en termes d’organisations ni en tant que point de référence pour la population. Que le réformisme ait disparu signifie que les réformistes sont loin de former une masse homogène avançant dans la même direction.

Le pouvoir, parmi eux, est détenu par des individus cyniques, qui savent qu’ils ne peuvent rien, sauf disposer du prestige et des avantages de leurs fonctions comme parlementaires et assistant.e.s, permanents et délégués syndicaux, membres de cabinets ministériels, d’ASBL ou de bureaux d’étude. Ceux là sont prêts à toutes les compromissions et le rappellent sans cesse : pensions, sans-papiers, férule de l’Union Européenne, alignement sur l’OTAN et les États-Unis ou capitulation sur la sortie du nucléaire. Ils règnent sur des cours plus ou moins larges d’obligé.e.s voire de convaincu.e.s bénévoles et désintéressé.e.s.

Mais on ne peut pas leur assimiler tout.e militant.e réformiste, et encore moins leurs éventuel.le.s électeurs-trices. Tout a toujours concouru à ce que la première approche de la politique soit une approche réformiste. En un sens, à quelques exceptions près, à l’époque des révolutions, les révolutionnaires sont d’anciens réformistes.

Qui sont donc, parmi les réformistes d’aujourd’hui, les révolutionnaires de demain ? Et comment aider à cette transition ? La valeur de laboratoire de candidatures comme celle de Mélenchon ou de Corbyn permet déjà d’opérer un tri. Alors même que leur programme n’est que tièdement social-démocrate, ils provoquent, dans la gauche, des attaques par la droite qui dénoncent leurs auteurs comme ayant déjà choisi le camp du capital contre celui de la révolution. De la même manière, sans avoir la moindre sympathie pour le PTB, le réformiste proclamé veut traiter de la même manière le PTB et l’extrême-droite se démasque lui-même comme un ennemi.

La question qui se pose à nous n’est donc pas de redéfinir une position par rapport au réformisme (la nôtre est très bien comme elle est) mais bien de s’y retrouver parmi les réformistes proclamés. Nous avons vu que le problème est moins qu’ils soient réformistes que le fait qu’ils ne puissent plus l’être effectivement. Viendra le moment de constater qu’ils ne peuvent rien réformer, qu’il n’y a plus rien à réformer, qu’il n’est pas possible de subvertir le capitalisme à partir de ses institutions et que celui-ci se défend par la guerre, économique et militaire.

Pour dire les choses autrement, la question qui se pose à nous est de combattre le réformisme, non seulement pour détourner les masses d’une impasse, mais aussi pour provoquer cette prise de conscience chez les réformistes déjà engagé dans cette impasse, de telle sorte qu’une grande partie d’entre eux et d’entre elles, dans l’inévitable guerre des classes, rallient le camp de la révolution.

Nous avons vu que nous n’avons pas vocation à faire de tout individu qui se reconnaît dans une forme ou une autre de réformisme un.e ennemi.e. Contentons-nous d’un principe de réciprocité : sont nos ennemi.e.s parmi les réformistes celles et ceux qui combattent activement et avant tout ce qui se trouve à leur gauche. Cela fait largement assez de monde pour ne pas y inclure toute une série d’individus sincères.

En revanche, en tant qu’il occupe largement le terrain de la contestation des effets du capitalisme, en tant qu’il pratique le « solutionnisme » qui va avec l’exercice du pouvoir et les tentatives d’y accéder, le réformisme tel qu’il se présente aujourd’hui doit être implacablement combattu. Chaque fois qu’il commet une trahison, face au capitalisme ou à l’impérialisme dans leur ensemble, face à leurs institutions (OTAN, UE, OCDE,…), face aux sans-papiers, face aux jeunes privé.e.s d’avenir, face à la manière dont il nous prend en otage avec son droit-de-l’hommisme, face à la Planète qui se meurt, notre devoir est de le mettre face à ses contradictions est une priorité.