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Textes de fondation

Plate-forme

La révolution est un objectif concret

Notre objectif final est le communisme, une sociĂ©tĂ© sans classe et sans État, oĂč l’humanitĂ© et la biosphĂšre seraient finalement libĂ©rĂ©es de tout rapport d’exploitation, de prĂ©dation et domination. Cet objectif final exige non seulement le renversement de l’État bourgeois mais aussi l’émergence des formes d’organisation et de conscience sociale permettant l’établissement de la sociĂ©tĂ© nouvelle.

La pauvretĂ©, la misĂšre, la guerre et le fascisme ont un responsable : le capitalisme. Notre rĂ©volution est celle des exploité·e·s contre les exploiteurs, celles des pauvres contre les riches : celle du prolĂ©tariat contre la bourgeoisie. Les militant·e·s rĂ©volutionnaires ont un rĂŽle spĂ©cifique Ă  jouer dans ce processus mais la libĂ©ration de la classe sera fondamentalement l’Ɠuvre de la classe elle-mĂȘme. Ce n’est pas une pĂ©tition de principe mais une dĂ©terminante historique : la rĂ©volution n’est possible qu’en tant que rĂ©volution espĂ©rĂ©e, dĂ©cidĂ©e et menĂ©e en toute conscience par la classe. Cette dĂ©terminante historique a un impact stratĂ©gique direct : notre organisation va s’engager dans les luttes de la classe en essayant de s’y placer Ă  la pointe la plus avancĂ©e, et va s’ouvrir aux nouvelles formes de lutte Ă©mergeant de la classe.

La contradiction entre les intĂ©rĂȘts des bourgeois et ceux de notre classe est pour nous la contradiction fondamentale. MĂȘme si des positions contradictoires peuvent Ă©merger au sein des classes, nous pensons que c’est la situation socio-Ă©conomique des groupes sociaux qui dĂ©termineront en premier lieu qu’ils aient un intĂ©rĂȘt pour la rĂ©volution ou pour la rĂ©action, qu’ils aient un intĂ©rĂȘt pour le maintien du rĂ©gime ou pour son renversement. Notre classe, le prolĂ©tariat, est aujourd’hui diffĂ©rente d’il y a 30 ans ou 100 ans, et certains peineraient Ă  la reconnaĂźtre. Notre classe, c’est celle des travailleuses et travailleurs, avec ou sans emploi, avec ou sans papiers.

La lutte pour la libĂ©ration n’est pas envisageable sans dimension anti-patriarcale et dĂ©coloniale. Nous combattrons le racisme, le sexisme et la lgbtiphobie, Ă  l’extĂ©rieur aussi bien qu’à l’intĂ©rieur de l’organisation.

Les membres de notre organisation s’identifient tantĂŽt simplement comme rĂ©volutionnaires, tantĂŽt comme appartenant Ă  des courants rĂ©volutionnaires historiquement et thĂ©oriquement dĂ©finis (anarchistes, lĂ©ninistes, autonomes). Pour autant, notre organisation ne vise pas Ă  la cohabitation ou Ă  la juxtaposition de ces diffĂ©rents courants. Nous voulons faire vivre une unitĂ© dynamique et dialectique, pas un rassemblement Ă©clectique oĂč tout serait jugĂ© Ă©galement valable. C’est pourquoi les membres de notre organisation se revendiquant d’un courant particulier de la gauche rĂ©volutionnaire doivent avoir un regard critique sur celui-ci.

Plus gĂ©nĂ©ralement et plus collectivement, nous avons un regard critique sur les expĂ©riences rĂ©volutionnaires passĂ©es, sur leurs succĂšs et la crainte qu’elles ont suscitĂ© chez l’ennemi, sur leurs erreurs Ă  ne pas rĂ©pĂ©ter. Ce regard n’a jamais pour but de distribuer des bons et des mauvais points, mais d’apprendre, avec respect et modestie, les piĂšges, ressources et processus rencontrĂ©s par les expĂ©riences rĂ©volutionnaires du passĂ©, pour mener notre lutte avec mĂ©thode et intelligence. MĂȘme une dĂ©faite finale n’invalide pas toute une expĂ©rience historique. Toutes les expĂ©riences historiques comportent des contributions utiles Ă  la construction rĂ©volutionnaire future. Nous refusons d’assumer ou de rejeter une expĂ©rience historique en bloc : toutes peuvent et doivent nourrir le projet rĂ©volutionnaire aujourd’hui. De cette maniĂšre, nous Ă©viterons de rejouer les mĂȘmes scĂšnes de l’histoire en apprenant des choix et des mĂ©thodes du passĂ©.

Quelques-unes de ces expĂ©riences sont particuliĂšrement fondatrices : la Commune de Paris, les rĂ©volutions russe et chinoise, la guerre d’Espagne, la rĂ©sistance antifasciste, la rĂ©volution cubaine, les Black Panthers, la lutte internationale des annĂ©es ‘70 pour la libĂ©ration de la Palestine, la guerre du Vietnam, le mouvement des Femmes, les luttes armĂ©es en Europe de la fin du XXe, le mouvement de libĂ©ration du Kurdistan et du Rojava.

Nous sommes une part d’une tendance mondiale Ă  la libĂ©ration. Notre internationalisme n’est dĂ©terminĂ© que par l’intĂ©rĂȘt des peuples et des mouvements rĂ©volutionnaires qui en Ă©mergent. Notre hostilitĂ© envers les puissances impĂ©rialistes ne nous amĂšnera pas Ă  soutenir des gouvernements et forces antipopulaires, chauvinistes, racistes, colonialistes, etc. mĂȘme lorsque ceux-ci seront confrontĂ©s Ă  des puissances impĂ©rialistes.

Pour avoir une activitĂ© globale il faut avoir un fort ancrage local, une partie de notre travail est de s’enraciner durablement dans les quartiers populaires de notre aire gĂ©ographique. Nous sommes une organisation majoritairement bruxelloise et francophone, ce n’est pas un choix mais notre rĂ©alitĂ© de dĂ©part. Nous allons renforcer cet ancrage local tout en ouvrant notre organisation aux rĂ©volutionnaires de toutes les villes et rĂ©gions, Flamand·e·s, Wallon·ne·s, Ă©tranger·e·s, immigré·e·s avec ou sans papiers, pour peu qu’ils approuvent nos positions, mĂ©thodes, tactiques et stratĂ©gies.

Nous sommes de celles et ceux qui s’organisent

Nous luttons contre un ennemi qui a des moyens bien plus grands que les nĂŽtres, il est dotĂ© d’un État, d’une armĂ©e, d’une police, etc. il contrĂŽle et dĂ©termine le systĂšme Ă©ducatif, les mĂ©dias, etc. De puissantes forces de rĂ©pression sont Ă  peine cachĂ©es par une façade reprĂ©sentative et des mĂ©canismes pipĂ©s de consultation et de concertation.

Ce rapport de forces nous interdit la routine, le sectarisme, l’éclectisme, le bureaucratisme, la dispersion ou tout autre type de gaspillage de forces. À l’inverse, nous devons faire preuve d’une grande intelligence stratĂ©gique et d’une haute capacitĂ© d’organisation.

Nous sommes une force de combat et non un milieu alternatif. L’adhĂ©sion se fait selon des conditions et une procĂ©dure prĂ©cises, et exigeant des qualitĂ©s individuelles telles que l’engagement, la ponctualitĂ©, l’initiative, la responsabilitĂ©, la discrĂ©tion, la dĂ©termination, la camaraderie, la capacitĂ© Ă  la critique et Ă  l’auto-critique. Au niveau politique, la reconnaissance de cette plate-forme et la volontĂ© de la mettre en Ɠuvre est l’unique prĂ©requis Ă  une adhĂ©sion.

Le manque de formation ou d’expĂ©rience politique ne peut ĂȘtre un obstacle. L’organisation doit avoir pour axe de travail d’aider Ă  la qualification thĂ©orique, politique et pratique de ses membres. Chaque membre doit veiller autant Ă  son propre dĂ©veloppement politique et intellectuel qu’à celui de ses camarades.

Nous voulons trouver un Ă©quilibre entre notre volontĂ© d’un fonctionnement dĂ©mocratique et horizontal et notre volontĂ© d’ĂȘtre une machine de guerre efficace contre le capital et l’État. Nous fonctionnons avec des formes de dĂ©lĂ©gation des responsabilitĂ©s et de discipline collective, les unes et les autres dĂ©finies collectivement. Ces responsabilitĂ©s sont liĂ©es Ă  des fonctions limitĂ©es et temporaires, elles font l’objet d’évaluations collectives. Nos membres doivent dĂ©velopper des compĂ©tences politiques et organisationnelles et se mettre en mesure d’assumer des responsabilitĂ©s.

Notre travail est basĂ© sur des objectifs politiques, sur une stratĂ©gie constamment Ă©tudiĂ©e, sur des tactiques qui doivent dĂ©cupler nos forces et non les enliser. C’est l’analyse des situations prĂ©sentes et futures qui dĂ©terminera les choix stratĂ©giques et tactiques et donc, nous ne nous interdisons a priori aucun moyen d’action.

Afin de dĂ©cupler nos forces plutĂŽt que de les enliser, l’unitĂ© entre la thĂ©orie et la pratique est incontournable. Pas de discours sans action, pas d’action sans rĂ©flexion, tant pour l’organisation que pour ses membres. Enfin, la dĂ©monstration de force gĂ©nĂšre elle-mĂȘme des forces et nourrit les forces antagoniques. Le 1er Mai RĂ©volutionnaire s’est par exemple dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©lĂ© une occasion particuliĂšrement prĂ©cieuse de cette dĂ©monstration, et est certainement appelĂ© Ă  l’ĂȘtre encore.

Avant-garde, violence, alliances et autres sujets qui fĂąchent

Nous considĂ©rons la violence rĂ©volutionnaire comme un moment inĂ©vitable de la lutte face Ă  une classe dominante capable de violences inouĂŻes pour garder son pouvoir. Cette violence, chez les rĂ©volutionnaires, ne doit pas ĂȘtre l’expression d’une rage individuelle mais une forme de la lutte obĂ©issant aux mĂȘmes critĂšres de dĂ©cision et d’évaluation que les autres.

Nous rejetons la paix sociale qui ne profite qu’à l’ordre Ă©tabli. Nous considĂ©rons qu’il est utopique ou suicidaire d’envisager la lutte rĂ©volutionnaire sans affronter les institutions bourgeoises. Et cela implique pour commencer de ne pas se compromettre avec elles, de ne pas les lĂ©gitimer. Notre organisation ne collabore pas avec les institutions bourgeoises, ne participe pas aux Ă©lections, aux organismes de pouvoir politiques de la bourgeoisie, ne demande pas de subsides, n’est pas enregistrĂ©e comme une association officielle.

Si l’importance des moyens de l’ennemi ne nous dĂ©courage pas : c’est que nous le savons  fondamentalement fragile, notre classe est innombrable, sa colĂšre est insondable et ses espoirs sont inextinguibles.

Nous rejetons cette vision de l’avant-garde qui consiste Ă  se prendre pour l’état-major ou le guide des exploité·e·s, en noyautant leurs mouvements pour les faire entrer dans des plans prĂ©conçus.  Nous tentons d’assumer une position d’avant-garde objective, en nous plaçant Ă  la pointe des luttes de la classe, en Ă©tudiant et en expĂ©rimentant de nouvelles mĂ©thodes de lutte et d’organisation.

Cela signifie savoir reconnaĂźtre l’émergence de nouveaux mouvements, comme rĂ©cemment celui des Gilets Jaunes, mĂȘme et surtout s’ils ne ressemblent pas aux modĂšles historiques. C’est comprendre et synthĂ©tiser les initiatives des masses, ce qui ne peut se faire qu’en luttant Ă  leur cĂŽtĂ©, les aider Ă  gagner en cohĂ©sion, en autonomie, en rĂ©sistance, en organisation, en force.

Être l’avant-garde objective, c’est ĂȘtre bienveillant et rĂ©ceptif Ă  l’égard des autres courants de la gauche rĂ©volutionnaire quand ils expĂ©rimentent eux-mĂȘmes des nouvelles initiatives de luttes. Nous considĂ©rons les autres forces rĂ©volutionnaires, non pas comme des concurrents ou des « camarades dans l’erreur », mais comme des forces sƓurs dont les orientations spĂ©cifiques sont des expĂ©riences lĂ©gitimes dans une pĂ©riode oĂč beaucoup est Ă  inventer ou rĂ©inventer.

Le travail de rĂ©flexion stratĂ©gique doit ĂȘtre permanent. Nous ne pouvons ni ne voulons intervenir pour toutes les causes, dans toutes les luttes. L’analyse doit montrer quelles sont les luttes les plus Ă  mĂȘme de renforcer l’alternative rĂ©volutionnaire. Ces luttes ne sont pas forcĂ©ment les plus populaires, les plus Ă©videntes, elles ne font pas forcĂ©ment Ă©cho aux injustices les plus criantes ou aux abus les plus choquants.

Le corollaire de la rĂ©flexion stratĂ©gique est un engagement des forces conforme Ă  celui-ci. Les membres ne doivent pas choisir leur engagement en fonction de leur subjectivitĂ© ou d’un agenda politique extra-organisationnel, mais selon les axes stratĂ©giques dĂ©finis par l’organisation, et en fonction de leur insertion politique et sociale, locale et professionnelle.

Nous ne sommes donc pas des Ă©clectiques en ce sens que nous reconnaissons qu’il y a des choix plus ou moins justes, plus ou moins erronĂ©s, mais tout en nous donnant les moyens de dĂ©finir et de suivre les orientations les plus correctes possibles, nous ne perdons pas de vue que d’autres choix pourraient finalement se rĂ©vĂ©ler plus justes que les nĂŽtres. Les dĂ©bats entre organisations doivent se faire dans cet esprit.

C’est aussi dans cet esprit que, loin d’aspirer Ă  l’hĂ©gĂ©monie dans la gauche rĂ©volutionnaire, nous chercherons Ă  nouer des alliances loyales avec toutes les forces qui la composent.  Nous souhaitons construire des unitĂ©s lĂ  oĂč cela est possible et au plus haut niveau possible, sans pour autant compromettre nos choix, mĂ©thodes et principes. Nous tenterons aussi Ă  donner Ă  ces alliances le caractĂšre d’une force dynamique, Ă©volutive et offensive, dĂ©bouchant sur une lutte commune, plutĂŽt qu’un rassemblement tactique basĂ© sur le plus petit dĂ©nominateur commun. Les alliances ne doivent pas ĂȘtre addition de faiblesses mais sources de forces.

Oppressions

Le patriarcat, le colonialisme et le capitalisme sont historiquement liĂ©s. Nous ne considĂ©rons pas ces oppressions comme autonomes les unes des autres et ne pouvons envisager de les combattre au sein de luttes sĂ©parĂ©es. Au contraire, la lutte fĂ©ministe et les luttes anticoloniale et anti-raciste sont parties intĂ©grantes de la lutte pour la rĂ©volution. À ce sujet, nous faisons les remarques suivantes :

  • Nous combattrons dans l’organisation les comportements sexistes, racistes, ainsi que ceux d’autres systĂšmes d’oppression. A cette fin, plusieurs outils seront dĂ©diĂ©s Ă  la critique, Ă  l’auto-critique, Ă  la dĂ©construction de ses membres. Ces outils incluent des pratiques de critique-autocritique, et la crĂ©ation selon les besoins de structures politiques, techniques, disciplinaires mixtes ou non-mixtes.
  • Nous reconnaissons l’existence de privilĂšges de genre (des hommes cissexuels), racistes (Blancs), d’orientation sexuelle (hĂ©tĂ©rosexuels), et d’autres. Ces privilĂšges sont historiquement liĂ©s au privilĂšge de classe Ă  l’origine de l’antagonisme fondamental de la sociĂ©tĂ© capitaliste. La lutte rĂ©volutionnaire ne peut occulter ou minimiser les oppressions systĂ©miques qui maintiennent la classe dominante au pouvoir. Les rĂ©volutionnaires luttent aux cĂŽtĂ©s de tou·te·s les opprimé·e·s.
  • Si nous refusons de reconnaĂźtre la lĂ©gitimitĂ© de la justice bourgeoise, cela ne peut signifier une absence de justice de fait face aux comportements et violences machistes au sein de notre organisation et au sein du milieu anticapitaliste. Non seulement nous traiterons de ces comportements au sein de structures dĂ©diĂ©es, mais nous travaillerons au sein du milieu anticapitaliste afin de construire et d’expĂ©rimenter de nouvelles formes de justice.
  • La Belgique a une lourde histoire coloniale, nĂ©ocoloniale et impĂ©rialiste, elle exerce toujours certaines de ces oppressions tant dans ses frontiĂšres, contre les personnes racisĂ©es, que dans les pays anciennement colonisĂ©s. Cette histoire a laissĂ© dans toute la sociĂ©tĂ© une profonde empreinte idĂ©ologique raciste. Ce racisme revĂȘt diffĂ©rente formes (allant des violences racistes au vieux paternalisme colonial), plus ou moins conscientes, qui doivent ĂȘtre identifiĂ©es, dĂ©noncĂ©es et combattues.

Ligne syndicale

En Belgique, les syndicats ont achevĂ© leur conversion en syndicat de service. MĂȘme s’il n’était plus, depuis longtemps, question de lutte de classes, et encore moins de liquidation du capitalisme, les syndicats avaient encore, Ă  la fin du siĂšcle dernier, un hĂ©ritage de combativitĂ© pour la dĂ©fense des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques immĂ©diats de la classe. Cet hĂ©ritage n’est plus qu’un souvenir.

C’est pourquoi, considĂ©rant :

  • Qu’il n’y a plus de vraie diffĂ©rence entre la CSC et la FGTB. Les diffĂ©rences d’intĂ©gritĂ© ou de combativitĂ© varient selon les centrales et selon les dĂ©lĂ©gations.
  • Que le caractĂšre de syndicat de service (le paiement des allocations de chĂŽmage…) explique le haut taux de syndicalisation mais aussi la faible combativitĂ© puisque l’affiliation d’une grande partie de la base syndicale ne relĂšve pas de la conscience de classe.
  • Que la corruption idĂ©ologique et la corruption tout court (lĂ©gale via les salaires, postes et avantages, et illĂ©gale via les abus et dĂ©tournements), des directions et parfois des dĂ©lĂ©gations est un phĂ©nomĂšne structurel.
  • Que si les syndicats restent bien ancrĂ©s dans les parties traditionnelles du prolĂ©tariat, ils intĂšgrent peu les masses croissantes vivant aux marges du salariat (intĂ©rimaires, sans-papiers, faux-indĂ©pendants, chĂŽmeurs mis au travail, etc.)
  • Que si leurs ancrages les plus solides (ceux de l’aristocratie ouvriĂšre : docks, pĂ©trochimie, etc.) peuvent dĂ©fendre leurs intĂ©rĂȘts spĂ©cifiques de maniĂšre radicale, ils sont aussi les plus corporatistes.
  • Que les appareils syndicaux augmentent leurs prĂ©bendes en fragmentant les structures syndicales, principalement sur une base communautaire/rĂ©gionale.
  • Que les directions purgent, ostracisent ou marginalisent les Ă©lĂ©ments qui critiquent la collaboration de classe et les simulacres de luttes (manifestations « à quota », grĂšve d’un jour, etc.)

L’organisation adopte comme ligne syndicale :

  • La dĂ©nonciation des organisations syndicales : leur intĂ©gration au systĂšme et leur corruption idĂ©ologique les rendent inamendables, irrĂ©cupĂ©rables. De reprĂ©sentants des intĂ©rĂȘts de la classe dans le systĂšme, ils sont devenus les reprĂ©sentants du systĂšme dans la classe.
  • La participation Ă©ventuelle, Ă  dĂ©cider au cas par cas, aux grĂšves et aux manifestations syndicales avec nos propres mots d’ordre.
  • La participation Ă©ventuelle, Ă  dĂ©cider au cas par cas, aux dĂ©lĂ©gations syndicales lĂ  oĂč il est possible de dĂ©fendre et organiser les travailleurs en valorisant les positions de classe.
  • Dans le cadre ou hors du cadre de la dĂ©lĂ©gation, le travail en entreprise doit associer les travailleuses et travailleurs conscient·e·s, indĂ©pendamment de leur affiliation ou non-affiliation, et faire le lien avec les travailleuses et travailleurs de la sous-traitance, les intĂ©rimaires, les familles, les retraité·e·s et prĂ©-retraité·e·s qui ont gardĂ© une influence politique dans l’entreprise.
  • La crĂ©ation, lĂ  oĂč cela est possible, et sur base du point prĂ©cĂ©dent, de communautĂ© de lutte et idĂ©alement de comitĂ©s de lutte semi-clandestins, non pas comme piĂšces d’un futur syndicat, mais comme points d’appui rĂ©volutionnaires dans la classe.

Internationalisme et libération nationale

La libĂ©ration nationale est lĂ©gitime. Nous soutenons le droit des peuples Ă  disposer d’eux-mĂȘmes tout en soutenant qu’il n’y aura de libĂ©ration complĂšte qu’avec la libĂ©ration sociale. Nous condamnons tout chauvinisme y compris dans les processus de libĂ©ration nationale : un vrai processus de libĂ©ration nationale se fait dans le respect des droits des autres peuples.

Nous luttons contre tous les impĂ©rialismes. Nous pouvons admettre la logique tactique de jouer d’un impĂ©rialisme contre l’autre dans des situations particuliĂšres, mais nous refusons de considĂ©rer qu’un impĂ©rialisme est plus tolĂ©rable qu’un autre (parce que moins important par exemple, ou parce que plus rĂ©cent).

Nous soutenons toutes les luttes de libĂ©ration mais le Rojava est une rĂ©alitĂ© spĂ©cifique en ce qui s’y construit dĂ©jĂ  l’expĂ©rience d’une nouvelle sociĂ©tĂ© dans un espace libĂ©rĂ©. Le Rojava est une expĂ©rience Ă  valoriser et dĂ©fendre.

Notre position sur la libération nationale de la Palestine est celle, historique, de la gauche révolutionnaire palestinienne : une Palestine, libre, laïque et démocratique, du Jourdain à la Mer.

Antifascisme

La lutte antifasciste doit Ă©valuer les menaces rĂ©elles en agissant oĂč cela est opportun : c’est Ă  dire ni dans les contre-manifestations systĂ©matiques aux dates dictĂ©es par les fascistes (mĂȘme s’il n’est pas question de leur laisser la maĂźtrise de la rue), ni dans des mobilisations qui n’opposent au fascisme que la dĂ©mocratie bourgeoise. Nous voulons ĂȘtre Ă  l’initiative. Notre antifascisme a un caractĂšre de classe et internationaliste, d’oĂč l’importance pour nous de la question de l’antifascisme en Europe de l’Est, et de la lutte contre le rĂ©gime fasciste en Turquie.

Écologie

Le caractĂšre prĂ©dateur du capitalisme hypothĂšque tout l’avenir de l’humanitĂ© et de la biosphĂšre. Les questions Ă©cologiques sont un enjeu rĂ©volutionnaire parce qu’elles dĂ©terminent les aspects Ă©lĂ©mentaires de la vie (nourriture, santĂ©, logement, etc.), avec des consĂ©quences inversement proportionnelles Ă  la condition sociale. Les rĂ©ponses, superficielles, apportĂ©es par le pouvoir aux questions Ă©cologiques renforcent les rapports de domination, en culpabilisant les seul·e·s exploité·e·s et en leur faisant payer toutes consĂ©quences de ces politiques. La rupture rĂ©volutionnaire d’avec le capitalisme est la condition nĂ©cessaire pour un rapport rationnel entre l’humanitĂ© et les limites physiques de son environnement (ressources, climat, pollution).

ThĂšses sur la rĂ©volution en Belgique 

Introduction

Une politique révolutionnaire est une politique qui intÚgre :

  • une analyse de classe ;
  • une analyse du systĂšme et de ses contradictions ;
  • une analyse de l’ennemi et de ses contradictions ;
  • une analyse des forces antagonistes.

Et sur base de cela :

  • une analyse des scĂ©narios historiques possibles ;
  • une stratĂ©gie ;
  • la dĂ©finition des taches Ă  court, moyen et long termes.

Ces thĂšses veulent exposer les principaux Ă©lĂ©ments dĂ©terminant tout projet rĂ©volutionnaire en Belgique. Ce n’est pas une rĂ©flexion stratĂ©gique, c’est le cadre dans lequel la rĂ©flexion stratĂ©gique doit se faire.

Le caractĂšre de classe du pays

Les caractĂšres de la classe du pays sont :

  • une division nord-sud de plus en plus affirmĂ©e d’un point de vue idĂ©ologique (le nord dĂ©veloppant des valeurs de droite, le sud des valeurs de gauche) qui ne s’explique pas uniquement par l’hĂ©ritage historique (tradition de luttes ouvriĂšres au sud, traditions rurales catholique au nord) ;
  • la disparition des concentrations ouvriĂšres : les unitĂ©s de productions emploient de moins en moins de monde ;
  • une partie du prolĂ©tariat refoulĂ© dans une activitĂ© d’indĂ©pendants prĂ©caires faute d’emploi salariĂ© et de revenus de remplacement suffisants ;
  • une partie du prolĂ©tariat immigrĂ© ou issus de l’immigration cantonnĂ©s dans les tĂąches pĂ©nibles et/ou subalternes ;
  • une partie du prolĂ©tariat dĂ©pendant de la sĂ©curitĂ© sociale ou de l’aide sociale ;
  • une prĂ©carisation impliquant la diminution des collectivitĂ©s de travail stable (dans la mĂȘme entreprise : des CDD, des intĂ©rimaires, des employĂ©s de la sous-traitance, etc.)
  • une subordination sociale et une paupĂ©risation relative mais un traitement privilĂ©giĂ© considĂ©rant les masses des pays dominĂ©s ;
  • une partie de la jeunesse prolĂ©taire (d’origine Ă©migrĂ©e) rejetĂ©e hors du monde du travail, induisant des contradictions et des antagonismes spĂ©cifiques ;
  • des masses migrantes sans-papier ou avec un statu provisoire (demande d’asile en cours etc., permis temporaires, etc.)
  • un secteur bureaucratique-impĂ©rialiste hypertrophiĂ© oĂč une partie de la classe est privilĂ©giĂ©e ;
  • un secteur tertiaire aux rĂ©alitĂ©s trĂšs diffĂ©rentes (certains travailleurs surpayĂ©s, d’autres surexploitĂ©s) ;
  • un important secteur logistique oĂč une partie de la classe est surexploitĂ©e ;
  • un important secteur associatif-subventionnĂ©.

La contradiction fondamentale

La contradiction fondamentale reste la contradiction capital/travail et la paupĂ©risation relative (et plus rarement absolue) qu’elle induit. Cette contradiction est tempĂ©rĂ©e, sinon effectivement, du moins subjectivement, par le fait que le prolĂ©tariat :

  • profite de la surexploitation des travailleurs d’autre pays (achats Ă  bas prix de marchandises produites avec des salaires infimes dans des conditions de travail Ă©prouvantes: textile, Ă©lectronique, etc.) ;
  • travaille en masse dans la bureaucratie impĂ©rialiste (administrations, institutions europĂ©ennes, banques et assurances, siĂšges de grandes entreprises, etc.) peu propice au dĂ©veloppement de la conscience de classe.

L’ennemi

La bourgeoisie belge n’est pas simplement une partie de la bourgeoisie impĂ©rialiste, elle est aussi celle qui gĂšre un espace, Bruxelles, qui est « la mĂ©tropole des mĂ©tropoles » : siĂšge des institutions europĂ©ennes, de nombreuses multinationales, de lobbys, d’organisations transnationales, de l’OTAN, etc.

De tradition libĂ©rale et aspirant idĂ©ologiquement Ă  un « capitalisme social et dĂ©mocratique », elle est contrainte par les lois du systĂšme (qu’elle ne peut remettre en question) Ă  sacrifier ses idĂ©aux qui sont aussi l’expĂ©rience bienheureuse d’une paix sociale achetĂ©e aux forces rĂ©formistes.

La fracture idĂ©ologique au sein de la bourgeoisie entre le nord et le sud du pays est un facteur objectif mais dont les consĂ©quences sont moins profondes que dans le prolĂ©tariat. La bourgeoisie belge est en gĂ©nĂ©ral faible et timorĂ©e, navigant Ă  vue, liĂ©e par son propre systĂšme clientĂ©liste, susceptible de commettre de grandes fautes sur ses intĂ©rĂȘts Ă  longs termes, aveuglĂ©e que sont ses membres par leurs intĂ©rĂȘts Ă  court terme. Sa classe politique est particuliĂšrement mĂ©diocre.

Le rĂŽle de « mĂ©tropole des mĂ©tropoles » induit qu’en cas de faiblesse de la bourgeoisie indigĂšne, les forces impĂ©rialistes voleront en prioritĂ© Ă  son secours.

L’influence politique française, la Wallonie antagoniste

S’il faut thĂ©oriquement ĂȘtre prĂȘt Ă  tous les scĂ©narios historiques offrant une expression aux contradictions sociales propres au mode de production capitaliste en crise dans une mĂ©tropole impĂ©rialiste, certains scĂ©narios sont plus probables que d’autres. De 1848 Ă  1968 – et jusqu’aux Gilets jaunes aujourd’hui, l’impulsion rĂ©volutionnaire en Belgique est souvent venue de France.

Et au sein de la Belgique, l’impulsion est venue de Wallonie, Bruxelles et la Flandres suivant tant bien que mal. L’histoire Ă©conomique et sociale du pays explique cela facilement. On pourrait croire qu’avec le temps, un « lissage » s’opĂšre mais les rĂ©sultats Ă©lectoraux montrent que la classe au sud du pays reste attachĂ©e aux valeurs de classe (solidaritĂ©, internationalisme, collectivisme, anti-capitalisme).


Un scĂ©nario probable est dont une vague rĂ©volutionnaire venant de France, impactant la Wallonie et plus faiblement (directement et via la mobilisation en Wallonie), Bruxelles et la Flandres. En ce sens, les rĂ©volutionnaires de Belgique devront s’engager ouvertement sur le terrain rĂ©volutionnaire dans une situation moins mĂ»re qu’en France, avec les deux tiers de la population moins mures que le tiers wallon, et avec ce fait que les structures rĂ©volutionnaires sont concentrĂ©es non en Wallonie mais Ă  Bruxelles.

La gauche radicale et Bruxelles

En effet, si les forces de masses antagonistes Ă  culture prolĂ©taire restent concentrĂ©es en Wallonie, les forces de la gauche rĂ©volutionnaire sont concentrĂ©es Ă  Bruxelles. Plusieurs facteurs expliquent cela, mais essentiellement la richesse (relative) de la scĂšne politique et culturelle de la capitale: il y a un cercle vicieux qui voient les militants monter Ă  Bruxelles parce que la vie politique y est plus riche et qui ainsi contribuent Ă  cet enrichissement et Ă  l’appauvrissement de la province.

Il en rĂ©sulte aussi qu’à Bruxelles :

  • ont pu se dĂ©velopper de vrais nouveaux secteurs de luttes militantes, principalement antipatriarcat (avec plusieurs pĂŽles fĂ©ministes anticapitalistes) et Ă©cologique, ce qui pose la question de leur importance potentielle dans le processus rĂ©volutionnaire.
  • ont pu, sinon se dĂ©velopper, du moins se constituer de petites scĂšnes anarchistes, autonomes, libertaires, maoĂŻstes, trotskistes etc. ce qui pose la question des alliances possibles.
  • peut se dĂ©velopper un sentiment d’exagĂ©ration de l’influence de la gauche radicale, alors que celle-ci est faible, fragmentĂ©e, gĂ©nĂ©ralement enfermĂ©e dans la reproduction de vieux schĂ©mas et de recettes empruntĂ©es Ă  des rĂ©alitĂ©s diffĂ©rentes.

Une des faiblesses de la gauche radicale francophone est son rĂ©flexe d’imitation Ă  ce qui se passe en France, un dĂ©faut de perception des spĂ©cificitĂ©s locales. Il importe aussi de tenir compte des spĂ©cificitĂ©s rĂ©gionales : il est Ă©vident que le front antifasciste a une toute autre importance, un tout autre contenu, en Flandre que dans le reste du pays.

La prĂ©sence d’un important exil politique en Belgique est un faible secours pour la gauche radicale, la grande majoritĂ© de ces forces, quand mĂȘme seraient elles radicales et rĂ©volutionnaires dans leur pays, ont ici une activitĂ© de lobbying diplomatico-dĂ©mocratique.

L’influence Ă©conomique allemande

L’économie belge est extrĂȘmement dĂ©pendante des Ă©changes extĂ©rieurs, et tout particuliĂšrement avec l’Allemagne (16,8% des exportations et 12,7% des importations, avec une balance commerciale excĂ©dentaires, en 2019).

Le lien de l’économie belge avec l’économie allemande est tel qu’un choc pour celle-ci sera un traumatisme Ă©conomico-social pour la Belgique. Cela est vrai, dans une moindre mesure, de la France (15,4% des exportations et 9,5% des importations en 2019).

La stratégie révolutionnaire

La stratĂ©gie rĂ©volutionnaire doit aller de la situation prĂ©sente au moment de la rĂ©volution, mĂȘme si naturellement les taches immĂ©diates peuvent ĂȘtre aujourd’hui dĂ©finies avec plus de prĂ©cisions que les taches lointaines.

  • Un premiĂšre phase dĂ©fensive est celle de la construction de forces dans le cadre d’un rapport de forces dĂ©favorable: forces organisationnelles (importance d’une organisation d’avant-garde solide, capable de comprendre les situations et d’y intervenir de maniĂšre cohĂ©rente et pertinente), forces sociales (liens, connexions, ancrage dans le monde du travail, ancrage local), forces idĂ©ologiques (valorisation de l’alternative rĂ©volutionnaire, dĂ©veloppement de la conscience de classe, dĂ©veloppement d’un positionnement antagoniste), etc. Une attention particuliĂšre est Ă  porter sur la situation paradoxale de dĂ©part : concentration des rĂ©volutionnaires organisé·e·s Ă  Bruxelles, concentration des Ă©lĂ©ments les plus antagonistes de notre classe en Wallonie et une situation globalement dĂ©favorable sur tous les plans en Flandre. En vue de la prĂ©paration de la deuxiĂšme phase, il importe de construire des liens avec les forces rĂ©volutionnaires prĂ©sentent sur les territoires Français et Allemand.
  • Une deuxiĂšme phase, d’équilibre stratĂ©gique, voit l’exercice d’un contre-pouvoir dans certaines parties du territoire ou de la population, des affrontements forces contre forces, etc.
  • Une troisiĂšme phase, offensive, vise Ă  la liquidation effective des forces et institutions bourgeoises et l’instauration du pouvoir populaire.

Les trois phases se succĂšdent et se prĂ©parent l’une l’autre, mais le passage de l’une Ă  l’autre, et tout particuliĂšrement de la deuxiĂšme Ă  la troisiĂšme, est presque toujours provoquĂ© ou prĂ©cipitĂ© par un Ă©vĂšnement subjectif majeur dans la classe, lui-mĂȘme rĂ©sultant d’un choc sociĂ©tal (« crise ») et crĂ©ant une situation rĂ©volutionnaire, l’opportunitĂ© d’un bouleversement rĂ©volutionnaire.

Vu la position centrale de la Belgique dans le maillage impérialiste (logistique, politico-bureaucratique, OTAN), tout changement de phase nécessite aussi une situation de crise dans les deux principaux pays impérialistes voisins pour prévenir une intervention militaire extérieure.

Le Secours Rouge et l’organisation « Classe contre classe »

[passage actualisé]

L’organisation « Classe contre classe » s’est construite Ă  partir de l’expĂ©rience du Secours rouge. Bien qu’intĂ©grant, dĂšs sa fondation, des membres non-issus du Secours rouge, « Classe contre classe » peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme l’extension des principes, expĂ©riences et choix politiques du Secours rouge Ă  l’ensemble des champs de lutte – et non plus au seul domaine de l’anti-rĂ©pression.

Il en a rĂ©sultĂ© qu’Ă  la fondation de « Classe contre classe », le Secours rouge de Belgique Ă©tait devenu une partie intĂ©grante de l’organisation (tout en restant une section du Secours Rouge International), centrĂ©e sur la thĂ©matique de l’anti-rĂ©pression (ou plus exactement de la ligne de front dialectique rĂ©volution/contre-rĂ©volution).

En 2023, le dĂ©veloppement et la recomposition des forces a amenĂ© Ă  une re-division entre C3 et le SR. Les structures sont devenues indĂ©pendantes l’une de l’autre et, si il y a encore des membres de C3 dans le SR, ils et elles y sont en minoritĂ©, et cĂŽtoient des membres sans appartenance organisationnelle ou appartenant Ă  d’autres forces et collectifs.

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